L’homme qui tua Lucky Luke : Contrat rempli

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Western

S’attaquer à un monument de la BD est un exercice très périlleux. Contrairement aux comics, pour lesquels un personnage appartient la plupart du temps à l’éditeur (et sera donc dessiné et scénarisé par une multitude d’auteurs différents), nous sommes habitués dans notre vieille Europe à associer un personnage à son auteur, même si on commence doucement à évoluer. Alors quand quelqu’un d’autre reprend un personnage qui n’est pas le sien, la méfiance est grande. Et il faut dire que bien que le succès soit fréquemment là, du fait de la notoriété du personnage, le niveau de qualité est bien plus aléatoire. Qu’en est-il pour ce nouveau Lucky Luke ? Matthieu Bonhomme va-t-il rejoindre Tome & Janry au panthéon de la « reprise réussie » ou va-t-on le huer quand nous le croiserons dans la rue ?

L'homme qui tua Lucky Luke Matthieu Bonhomme

Et bien c’est du tout bon les enfants ! Cet album est une réussite et un magnifique hommage à Morris et aux premiers albums de la série. Le pari était beau, car Matthieu Bonhomme ne s’est pas contenté de faire « du Lucky Luke ». Il a revu le ton de la série, en troquant le comique pour le dramatique. La pression est là dès cette première planche (juste au-dessus) que je trouve parfaite. Il enchaîne par un flashback pour nous faire comprendre comment on en est arrivé là, rien d’original, mais ça marche follement. J’étais aspiré par cette BD en sentant la tension montée au fur et à mesure.

L'homme qui tua Lucky Luke Matthieu Bonhomme

Le lecteur est assez déstabilisé car ce Lucky Luke n’est pas celui dont on a l’habitude. Il n’a pas cette insouciance, cette confiance absolue, ce zen à tout épreuve. Il est tendu, nerveux, il s’énerve même à plusieurs reprises. Les paysages renforcent également ce sentiment d’insécurité. Notre cowboy n’est pas dans son désert ou ses canyons habituels. On se sent toujours un peu coincé dans ce village, entre forêts et montagne, et cette ambiance particulière donne des allures de huis clos (sans en être un, car Luke visite plusieurs lieux différents). Personnellement, ça m’a fait penser au Maine des romans de Stephen King. Pas rassurant quoi.

L'homme qui tua Lucky Luke Matthieu Bonhomme

Le scénario en lui-même n’a rien d’exceptionnel, mais il fait très bien l’affaire. Encore une fois, c’est vraiment l’ambiance le gros point fort de la BD. Les dessins m’ont beaucoup plu. Le design de Lucky Luke fait preuve d’un bel équilibre entre revisite plus réaliste et respect du dessin d’origine. J’approuve totalement.

Pour finir, le petit plus de l’histoire, Matthieu Bonhomme nous livre enfin l’origine du passage du cowboy solitaire de la cigarette à la brindille d’herbe. Le clin d’œil ravira les puristes, tout en étant très bien intégré à l’histoire.

En résumé : Merci Matthieu.

L'homme qui tua Lucky Luke Matthieu BonhommeL’Homme qui tua Lucky Luke – Matthieu Bonhomme – paru chez Lucky Comics en avril 2016 – ISBN  : 978-2884713634

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